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Données publiques : vers des infrastructures territorialisées...

Développement numérique

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On se réjouit tous les jours des promesses de la libération des données publiques. Mais les obstacles techniques sont nombreux à une vraie libération et à la mise en place réelle de ce qui ne reste qu'un modèle prometteur. Pour avancer dans ce débat, il faut aller au fond des problèmes.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 429 (1er octobre 2011)

Un article de M Gino Bontempelli


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Que ce soit en matière de transports, de tourisme ou de données économiques ou culturelles, les systèmes d'informations traversent mal les frontières du mille-feuille administratif. Et la réforme en cours n'y changera pas grand-chose. Développer un service numérique utilisant des données de transports et les horaires d'un musée ou d'un spectacle reste aujourd'hui une gageure, que ce soit pour les acteurs publics eux-mêmes, pour des entreprises ou des associations. Il y a pourtant, dans la demande des utilisateurs, une forme d'évidence. Comment expliquer à quelqu'un qui vient de réserver une place de théâtre qu'il est normal qu'il doive utiliser trois autres sites web pour obtenir les horaires de transports pour s'y rendre ?


Un « modèle distribué » prometteur

C'est pourtant dans ces croisements d'informations que se situent les perspectives de développement des services les plus importantes. Ce constat est d'autant plus désespérant que les données, la plupart du temps, existent et sont souvent directement ou indirectement disponibles en ligne. La plupart des systèmes de gestion de contenus numériques permettent aujourd'hui, lorsqu'ils sont correctement utilisés, de séparer le fond (textes, titres, données) de la mise en forme (les polices de caractères, les couleurs), ce qui est une condition importante de la réutilisation des contenus numériques.

Le mouvement qui se développe aujourd'hui autour de la libération des données publiques offre un modèle qui pourrait être plus largement exploité pour favoriser le développement de services numériques innovants utilisant des sources de données diverses sur les territoires. Il doit en effet permettre d'éviter aux développeurs d'avoir à s'adresser individuellement et spécifiquement à chaque fournisseur de données pour réaliser un service numérique.

Plutôt que de gérer des projets « à la façon d'un logiciel », en négociant au coup par coup des conventions d'échanges ou des contrats d'achats de données et d'informations, il propose plutôt à tout à chacun d'utiliser des données mises à disposition par d'autres institutions, et en retour, de rendre disponible ses propres données. Il s'agit donc « nativement » d'un modèle distribué où les données restent dispatchées largement entre des acteurs qui les produisent et qui les utilisent. Qui peuvent évidemment être les mêmes. Ce mouvement doit également faciliter la réalisation rapide de prototypes, l'intégration de nouveaux services dans des services existants...

Les données concernées sont souvent des données produites dans le cadre du fonctionnement normal des structures, en particulier dans le cadre de leur mission de service public (1). Les institutions les utilisent elles-mêmes pour remplir cette mission. Mais les données, et les contenus numériques, spécifiquement produits à destination des citoyens pour leur information, peuvent et doivent également être libérés ! Cette attention portée aux données souligne une nouvelle responsabilité des acteurs publics dans la société de l'information (ou de la connaissance).


Une troisième couche de services pour le territoire

Après avoir assuré les conditions de la mobilité physique (premier niveau d'infrastructures, les routes, les transports), les responsables des territoires travaillent aujourd'hui à l'aménagement numérique du territoire (les tuyaux, haut et très haut débit). L'idée a longtemps été que la troisième couche reposait sur un certain nombre de services de base qui devraient être largement accessibles. C'était une erreur. La troisième couche est celle des « infrastructures de données publiques » territorialisées.


Comment les constituer ?

Premièrement, c'est un domaine où le principe de subsidiarité doit s'appliquer avec beaucoup de fermeté. C'est bien le producteur initial de la donnée qui doit la mettre à jour, et en garder la responsabilité. Les jeux de données doivent donc être gérés « au plus près » des responsables de leur mise à jour, qui doivent en garder la jouissance complète pour leur propre politique et leurs propres services, même si la recherche d'une gouvernance et d'une animation globale est nécessaire. Au plus près ne signifie peut-être rien en matière d'hébergement informatique, mais l'idée est bien que chacun garde la main sur la mise à jour de ses propres données.

Ensuite, il sera difficile d'échapper, domaine par domaine, à une réflexion sur les vocabulaires utilisés, voire, pourquoi pas, sur les modèles de données. C'est un point difficile mais important pour faciliter la réutilisation et éviter de nouveaux développements informatiques coûteux à chaque fois qu'il s'agit de réutiliser un nouveau jeu de données. Sur la recherche de vocabulaires communs, nos ami(e) s documentalistes devraient être systématiquement associé(e) s à ces démarches. Ils en sont bien trop souvent absents. Le travail sur les licences d'utilisation devrait également faire l'objet de larges échanges, afin d'éviter aux utilisateurs potentiels des données (dont font partie les autres collectivités, ne l'oublions pas) de se perdre dans les subtilités juridiques décrivant des conditions d'utilisation trop différentes les unes des autres.

Enfin, les infrastructures de données peuvent se matérialiser sous la forme de catalogues de jeux de données, ou de méta-catalogues. La question qui se pose ici est celle de la meilleure échelle de constitution des catalogues. Faut-il les développer à l'échelle des territoires de projets ? Des régions ? Faut-il un unique portail national ?


Pour une approche souple

Le risque de ces démarches serait de tomber dans le piège de la mise en œuvre d'usines à gaz techniques ingérables, impossibles à piloter, car trop centralisées et ne respectant pas la culture ou les compétences de chaque institution. Seule une approche distribuée, souple, fondée sur la standardisation plutôt que sur l'obligation d'utiliser tel ou tel outil et relevant plus de l'aménagement du territoire que du système d'information centralisé permettra d'avancer dans notre contexte territorial.

La libération des données pourrait permettre à de nombreux territoires « d'exister » dans le monde numérique, au-delà des quelques services numériques, souvent peu visibles, qu'ils peuvent créer et développer directement sous leur propre nom. Rêvons un peu... Imaginons un véritable méta-catalogue de données libérées. Chaque producteur d'information (office du tourisme, autorité organisatrice de transport, association culturelle, agence de développement, association, collectivité territoriale...) publie ses métadonnées et ses données sur son propre espace en ligne, dans un format standardisé, à côté de ses propres pages web éditorialisées. Ces métadonnées permettent de constituer un guichet d'accès aux données, simplifiant ainsi à l'extrême leur réutilisation, non seulement par des tiers mais par chacune des institutions qui met ses données à disposition...

Cette architecture permettrait à chacun d'être identifié comme propriétaire et maître de ses données, et de leur mise à jour, tout en permettant à tous de bénéficier des données des autres. Une sorte de jeux gagnant/gagnant qui respecterait les compétences et missions de chacun, mais qui permettrait d'offrir un accès quasi universel aux données... Mais la route qui mène à la constitution de ces infrastructures de données sera longue.


1. Le cas des données nominatives doit faire l'objet d'une analyse juridique spécifique.


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À lire
Libérez vos données !, La Lettre du cadre territorial n° 421, 1er mai 2011

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Renseignements au 04 76 65 61 00 ou par e-mail formation@territorial.fr


 

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