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Politique de la ville
Lancé par Fadela Amara en 2008, le busing, qui consiste à transporter les élèves des écoles défavorisées vers les écoles qui le sont moins, a fait long feu. Trop coûteux, estime l'État. Pourtant, les rares communes qui ont joué le jeu n'ont pas trouvé que des défauts au dispositif. L'État continuera à les aider, mais sur un plus petit braquet financier. |
Un article de M Stéphane Menu
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C'est le type même de dispositif dont on se dit, dès les premiers pas, qu'il n'ira pas bien loin. Pourtant, l'importatrice du « busing » en France, Fadela Amara, ancienne secrétaire d'État à la Ville (2007-2010), avait mouillé le maillot pour en assurer la promotion. Lors d'un déplacement en 2009 dans une école d'Oullins (Rhône), où le busing est en place depuis 2004, elle avait été « scotchée » par le dispositif et avait réussi à convaincre les maires d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et de Courcouronnes (Essonne), qu'elle avait invités dans sa caravane, à y adhérer. À Oullins, en effet, depuis 2004, une quarantaine d'élèves de CE2, CM1 et CM2 avaient pris l'habitude de quitter leur école du quartier difficile de la Saulaie pour suivre leur scolarité dans quatre autres établissements de la ville éloignés de leur domicile. Pour ce faire, la mairie avait affrété un bus assurant leur transport. « Cela permet d'organiser la mixité sociale et de casser la logique de ghetto. Et cela se ressent sur le comportement et les résultats scolaires des enfants », assurait alors la secrétaire d'État. Elle inscrivit immédiatement le projet au c½ur de son Plan Espoir banlieues, espérant séduire dans un premier temps une cinquantaine de communes.
Mais peu de villes furent aussi spectaculairement « scotchées » : Dugny (Seine-Saint-Denis), Courcouronnes (Essonne), Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Remiremont (Vosges), Oullins (Rhône) et Bergerac (Gironde) constituèrent la short list. Le bébé naissait donc aux forceps. Trois ans plus tard, le ministère de la Ville, Maurice Leroy, a décidé de donner le coup de grâce au dispositif, en ayant pris soin au préalable de réaliser un audit à la fin de la dernière année scolaire ainsi qu'une contre-expertise pour confirmer son pressentiment. Le dispositif est coûteux par élève (entre 1 700 et 9 000 euros par an !), ses effets éducatifs et sociaux restent à démontrer et, dans certains cas, le busing subit un effet boomerang, l'extraction des bons élèves des écoles aux performances chancelantes renforçant le processus de ghettoïsation. « Le bilan n'est pas très bon », assure-t-on du côté du cabinet du ministre.
À Dugny, le busing n'a jamais réellement pris sur un plan comptable. Expérimenté dans le quartier du Pont-Yblon, coupé du reste de la ville du fait de la présence de l'aéroport du Bourget, le dispositif a permis aux enfants volontaires de fréquenter l'école Langevin, dans le centre-ville. En septembre 2008, dix-sept enfants de CM1 et CM2 s'étaient inscrits, puis vingt en 2009 (avec l'introduction des CE2). Or, en 2010, les volontaires n'étaient plus que dix. Depuis juin 2011, le maire, André Veyssière (UMP), n'était pas parvenu à obtenir des nouvelles du ministère de l'Éducation nationale sur le sujet. Il a décidé de maintenir le dispositif pour les parents désireux de poursuivre la scolarité de leurs enfants à Paul Langevin. Seuls deux élèves de CM2 l'utilisent aujourd'hui. Malgré cela, le maire regrette cette disparition : « Tout le monde trouvait le système positif. Les parents, qui craignaient au départ que l'on veuille fermer l'école du Pont-Yblon, me disaient que c'était bien pour leurs enfants. Cela les faisait sortir de leur quartier, ils fréquentaient d'autres gamins. Je vais évidemment continuer à transporter les enfants qui le souhaitent, mais ça a un coût et c'est embêtant que l'État me laisse au bord du chemin ». Le ministère de la Ville se veut rassurant. « Il n'est pas question de supprimer le dispositif d'un seul coup, assure-t-on au cabinet du ministre. Si les maires tiennent absolument à ce qu'on poursuive le busing pour les enfants qui en bénéficient déjà, on le fera ». Il est vrai que le dispositif ne concerne aujourd'hui que 150 élèves en France. Une base qui ne s'étendra pas, l'État préférant diriger ce financement vers le programme de réussite éducative, qu'il considère comme plus performant.
Depuis l'annonce du ministère, Sébastien Piétrasanta, maire (PS) d'Asnières-sur-Seine, ne décolère pas, estimant sur son blog que « le gouvernement détricote encore une mesure qu'il a lui-même mise en place » (lire encadré). Le plus étonnant dans cette affaire, c'est que l'opposition UMP au maire, par la voix de Marie-Do Aeschilmann, est prompte à taxer le busing de « mesure de com' », de « leurre », alors qu'elle a été mise en place par un gouvernement de droite ! À Bergerac (Gironde), le busing avait disparu à la rentrée 2010, la municipalité considérant que l'expérience n'avait pas été probante. Cécile Labarthe, adjointe au maire à l'éducation et à la jeunesse, avait estimé que trois familles seulement seraient impactées négativement par cette suppression. Or, au quartier de la Catte, le busing n'a pas laissé que de mauvais souvenirs aux habitants. La fermeture d'une école avait permis d'éparpiller les élèves vers d'autres écoles, avec des résultats scolaires. Les habitants n'ont pas compris que le dispositif soit rayé d'un trait de plume.
Est-ce à croire que, quand on a goûté au busing, on a du mal à s'en passer ? La mixité sociale est un combat au long cours, où la patience et la ténacité sont indispensables pour atteindre des objectifs élevés. Beaucoup de maires se cassent les dents sur ce roc. Peut-être que les « pôles d'excellence » mis en place à Asnières leur donneront-ils une piste à explorer... Car au-delà du simple transport des enfants « défavorisés » vers des écoles occupées par des enfants plus « favorisés », il est nécessaire de créer des lieux physiques de brassage, de repenser la notion d'excellence urbaine en se posant les bonnes questions, comme le lieu d'installation des équipements publics à forte valeur ajoutée symbolique. Qui osera abattre ces frontières invisibles ?
Sébastien Pietrasanta est le jeune maire PS (34 ans) d'Asnières-sur-Seine. Il fait partie de cette génération qui cultive le sens du parler franc et vrai. « Je crois au busing, et peu importe que ce soit venu de la droite. Ce qui m'énerve, c'est de voir ma propre sensibilité hésiter en permanence sur le sujet. La mixité sociale n'est pas qu'un concept. En tant que maire, je n'ai pas envie de rester les bras croisés ». Quand il a appris que le busing cessait, il a téléphoné au ministère de la Ville pour savoir si le financement de l'État se maintenait : « Il est passé de 70 000 euros alloués depuis 2008 à 30 000 euros en 2011 ». Pietrasanta veut aller plus loin. Dès 2009, il a mis en place des « pôles d'excellence » dans les écoles des quartiers nord de la ville (une classe théâtre, une classe orchestre et une classe bilingue). En 2012, toutes les familles d'Asnières pourront y accéder. « Un busing à l'envers, en quelque sorte. Cela marchera le jour où les gamins s'inviteront aux goûters. Certes, je ne peux pas dire combien de familles « aisées » mettront leurs enfants dans des pôles d'excellence situés dans des quartiers défavorisés. C'est un début, la possibilité existe, c'est déjà bien. Les habitants me regardent comme un idéaliste, ils sont tous favorables à la mixité sociale, mais loin de chez eux. Ce n'est pas suffisant ».
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